Notre groupe quitte Taizé ce matin à 8h. Comme beaucoup de participants, je ne suis pas mécontent de partir de cet endroit. Trop de monde, trop de gens concentrés dans les mêmes lieux, aux mêmes heures de la journée, tuent le recueillement. Impossible ici de trouver l'isolement propice à la prière. Il faudra bien un jour que les frères de Taizé limitent le nombre de personnes accueillies, surtout l'été.
Une heure de route nous amène à la superbe abbaye de Fontenay, non loin de Dijon. De là, nous marchons environ deux heures, vers la petite ville de Montbard. La marche est propice au partage. Partage de l'eau, car il fait chaud sur la route. Partage d'idées et d'expérience de vie.
Vladimir, jeune religieux, nous parle de Moscou, sa ville natale qu'il a quitté en 1999 pour venir étudier à Paris la théologie. Il me décrit Moscou. Les changements provoqués par la chute du communisme et la montée de la xénophobie, la hausse de l'immobilier, mais aussi de la foi des Russes.
Vers midi, pause déjeuner sur la pelouse d'un parc public de Montbard, face à l'église. Durant le repas, Boris se désole de voir que personne ne le croit bulgare. Son grand-père était indien et de lui, il a hérité son teint cuivré. Sa mère est turque musulmane, lui est catholique de rite byzantin : "En Bulgarie, nous ne sommes que 750 000 sur 8 millions d'habitants. Moins de 10 % de la population face à plus de 90 % d'orthodoxes." Entre les deux confessions, les relations ne sont pas très bonnes, selon Boris. "Dans les églises, les popes nous qualifient d'organisation plutôt que de nous reconnaître le statut d'église. Si je suis là, c'est pour rencontrer les orthodoxes que les Assomptionnistes ont invité." Je demande à Boris s'il en veut aux orthodoxes : "Non, répond-il. L'avenir est à la réconciliation. Le groupe que nous formons aujourd'hui montre bien que l'unité des chrétiens n'est pas impossible si on la désire vraiment."
14 h : après le pic-nic , une heure de marche. Puis arrivée au bourg de Saint-Rémi. Dans le monastère de cette petite ville, six carmélites de rite byzantin nous accueillent. Une Hongroise, une Roumaine, une Biélorusse, deux Françaises et une Suissesse. L'une des soeurs m'explique que leur communauté a été fondé il y a 31 ans pour jeter une passerelle entre le catholicisme et l'orthodoxie. "L'orthodoxie, dit-elle, représente une grande partie de la chrétienté. On ne peut pas l'ignorer."
A ses côtés, Estelle, une jeune orléanaise, écoute attentivement : "Depuis trois jours, me dit-elle, je prends conscience un peu plus fortement que les catholiques ,ne sont pas les seuls chrétiens du monde. Et que pour aller à Jésus, les chemins sont multiples.
"De quoi vivez-vous ?" demande un des jeunes aux soeurs. La mère supérieure sourit : "Nous accueillons des gens en retraite, nous vendons des icônes que nous peignons selon le rite byzantin et nous avons un grand jardin qui, à défaut de nous rapporter de l'argent, nous donne d'excellents légumes !"


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