Le long des rives du Rhin, ils se sont massés pour accueillir Benoît XVI. La plupart ont attendu plus de six heures sous le soleil. Avec des parapluies, ils se sont protégés du cagnard. Ils ont pique-niqué. Ils ont trompé leur attente en se parlant, ou telle cette responsable d'un diocèse alsacien en protégeant la place de choix qu'elle a acquis chèrement. Elle interpelle une des jeunes qu'elle encadre : "Véronique ! Dis à ce prêtre de s'en aller. Ce n'est pas parce qu'il porte une soutane qu'il a tous les droits. Ici, c'est notre groupe. Nous sommes là depuis 11 h du matin."
Benoît XVI passera sur son bateau vers 17 h 15. C'est l'horaire prévu. Les Roumains anticipent le passage du Saint-Père. En coeur, ils hurlent : "Benedetto". Des Italiens leur répondent. Un groupe d'Américains du Minnesota est assis le long du quai. Chaque membre arbore un tee-shirt de couleur grenat avec imprimé en lettres d'or : "Benedict XVI". Les Chiliens cassent la croûte. Des Espagnols se font prendre en photo avec des Tanzaniens. Les Polonais sont nombreux, les Français parsemés. Voici des Allemands, des Irlandais, des Irakiens... Au total, 160 nations sont là pour accueillir le pape.
Il est 17 h 30. Le bateau passe. Matthieu, 20 ans, est venu de Paris pour voir le pape seulement deux minutes. Un tout petit point blanc sur l'immensité du Rhin. Pour lui, ce n'est pas l'essentiel. Ce qu'il a vécu les jours précédents dans la famille allemande qui l'a hébergé à Düsseldorf lui a montré, dit-il, "que malgré la barrière de la langue, on pouvait tous vivre dans un espace commun et ensemble, améliorer le monde." Et puis, ce qui se passe chaque soir au pied de la cathédrale de Cologne, est, pour lui, plus important que de voir le pape. Matthieu, dit-il, touche du doigt l'universalité ; c'est le souvenir qu'il veut garder de ces vingtièmes JMJ. Celui que, plus tard, il a envie de transmettre à ses enfants.
Sur les bords du Rhin, j'ai rencontré aujourd'hui Jean de Castelnau, 19 ans, et Clément Brisson, 20 ans. Ils sont tous les deux de Lyon. Ils font partie des scouts d'Europe. Cette branche du scoutisme est connoté comme étant traditionnel, voire réactionnaire : catholique et française. Les deux jeunes portent un uniforme. Ils me parlent du sens de l'autre. Ils admettent que des athées peuvent être aussi habités par cette attention au prochain. Des propos que j'approuve en totalité.
Pourtant, avant notre rencontre, je me sentais à l'oppposé de ces jeunes. Les préjugés sont un cancer qui nous ronge. Il faut en sortir. Jean et Clément ne sont ni fachistes, ni inhumains, ni élitistes. Aujourd'hui, j'ai au moins appris quelque chose.
Luc


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